LogoNLJPLe milieu du livre demande au gouvernement du Québec de promulguer une loi pour limiter à 10 % l’escompte maximal qu’un détaillant peut offrir sur une nouveauté et ce, pendant les neuf premiers mois de la vie d’un livre. Il s’agirait d’une réglementation qui ferait en sorte que les nouveaux livres soient vendus à peu près au prix fixé par l’éditeur pendant une période limitée, partout sur le territoire québécois : le livre à juste prix. Pourquoi souhaiter une telle loi ?

 

  • parce que la nouvelle législation autoriserait une remise raisonnable de 10 % dès la parution des livres; une fois passée la période des neuf premiers mois de la publication, chaque détaillant pourrait appliquer les réductions comme il l’entend ;
  • parce que la bataille est actuellement inégale entre les librairies et les grandes surfaces (ex. Costco, Walmart) ; ces dernières préfèrent consentir de fort pourcentage de rabais, quitte à perdre sur les nouveaux livres à succès (best sellers) et ainsi attirer les clients ailleurs dans le magasin ; mais ne cherchez pas d’autres titres que ceux qui sont offerts ;
  • parce que si les librairies ne peuvent concurrencer pour la vente des best-sellers à rotation rapide, comment pourront-elles survivre en gardant des inventaires de milliers de livres à rotation lente mais qui répondent aux besoins des clients ?
  • parce que tous les détaillants de livres seraient sur un pied d’égalité pendant les premiers mois de la vie d’un livre ;
  • parce que, sans la protection de la loi, l’édition risque de s’affaiblir et les écrivains de s’appauvrir ; en effet, qui prendra le risque de publier un auteur moins connu si seuls les auteurs à succès ont leur place ? Qui prendra le risque de rendre public des travaux un peu plus spécialisés qui font avancer les idées dans une société ? Ce risque est actuellement assumé par les éditeurs et les libraires qui visent le long terme. Ce risque est incompatible avec les seules exigences de rentabilité immédiate ;
  • parce qu’une loi permettrait à la diversité des parutions de s’épanouir et limiterait ces guerres de prix qui affaiblissent surtout les librairies et les petites et moyennes maisons d’édition ;
  • parce que l’industrie du livre représente non seulement une force culturelle mais également une force économique au Québec : 12 000 emplois et un chiffre d’affaires de près de 800 millions de dollars ;
  • parce que les livres sont des biens qui transmettent la pensée et les façons de vivre d’un peuple ; comme le cinéma, le théâtre ou la musique, ils doivent jouir d’une certaine protection surtout dans un milieu avec un bassin de population restreint comme le nôtre ; voulons-nous une culture qui se résume aux best-sellers populaires offerts dans les pharmacies ou les grandes surfaces, ces endroits qui s’intéressent bien peu aux lecteurs mais uniquement aux consommateurs ?
  • parce que les pays qui ont fait une exception pour ce produit culturel et ont légiféré ont vu leur industrie nationale se consolider; à l’opposé, les pays sans législation ont vu leur industrie se fragiliser, leurs réseaux de librairies s’affaiblir et le prix moyen payé par les consommateurs augmenter plus rapidement que dans les pays où il y a une législation; ainsi, en France, depuis près de quinze ans, l’indice du prix du livre a évolué moins vite que l’indice général des prix.

 

Bibliothécaires, auteurs, éditeurs, distributeurs, libraires : avec une rare unanimité, quasi tous les acteurs des milieux du livre réclament cette loi, bien conscients qu’ils demandent une exception aux pratiques d’affaires habituelles. Lors de la dernière campagne électorale, les trois principaux partis politiques québécois ont convenu de la pertinence d’une telle démarche. Une Commission parlementaire devrait bientôt siéger pour examiner l’opportunité d’une législation concernant le prix de détail des premiers mois d’une parution. Rappelons que, selon une étude parrainée par l’Unesco, il faut au moins 10 à 12 millions de personnes partageant la même langue sur un territoire pour faire vivre une offre culturelle. Le Québec est bien en-deçà de ce chiffre. C’est pourquoi il est opportun de vouloir protéger l’offre de livres.

Le livre à juste prix pour les nouveaux titres ne règlera pas tous les problèmes des maisons d’édition et des librairies, notamment ceux causés par l’arrivée des livres numériques. Toutefois, sans une législation qui protège le début de la vie d’un livre, l’industrie se fragilise et la richesse culturelle du Québec est compromise.

Les librairies Paulines sont partie prenante de cette campagne pour le livre à juste prix. Vous trouverez d’ailleurs une intervention de Jeanne Lemire, gérante de la librairie de Montréal, sur les sites : www.noslivresajusteprix.com et www.librairies.paulines.qc.ca

 

Lise Labarre, fsp