Le 8 novembre 2007, à la librairie Paulines, Pierre Pagé lançait son livre Histoire de la radio au Québec. Information éducation, culture, publié chez Fides.

Professeur associé à l’Université du Québec à Montréal, chercheur en histoire de la radio et un des fondateurs de l’Association des études canadiennes sur la radio-télévision,

Pierre Pagé situe l’histoire de la radio dans une perspective socioculturelle. «Durant un demi-siècle, la radio s’est développée au Québec, dans toutes les régions, comme un instrument de cohésion sociale et d’ouverture au monde.» La programmation répondait aux besoins de la population locale et proposait «une liaison avec la vie nationale et internationale» par le biais de l’information, de concerts, de théâtres, de variétés et de sport.

À l’occasion du lancement, Pierre Pagé a présenté un survol de l’évolution de la radio. Créée en 1922, la station CKAC du journal La Presse a inventé un modèle québécois de programmation. Le radio-journal, Les nouvelles de chez nous, est lancé en 1938. Il s’agissait d’une chronique quotidienne «de la vie collective de l’auditoire aussi bien que des grands événements du monde.» Grâce à un accord avec l’Université de Montréal, L’heure provinciale, une émission causerie conçue et dirigée par Édouard Montpetit a vu le jour. On y traitait de tout: économie, art, musique, actualité sociale, politique et religieuse, médecine vétérinaire, etc. L’émission Le réveil rural qui offrait une formation en économie agricole a connu aussi beaucoup de popularité.

La radio de Radio-Canada arrive en 1941. Certains se rappelleront la série Radio-Collège qui pendant 15 ans a diffusé des conférences de grande qualité. En 1948 débute la tradition des grands débats publics avec les émissions Les Idées en marche et Le Choc des idées, animées toutes deux par Gérard Pelletier. Pendant 10 ans, ces émissions sont devenues des lieux de liberté de parole. En 1971, le magazine de culture religieuse Les Grandes religions aborde la question des autres religions. L’intérêt est tel que l’émission sera en ondes pendant une bonne vingtaine d’années.

Pierre Pagé aborde aussi le lien entre la radio et les arts par le biais des émissions culturelles. Celles-ci ont favorisé le contact avec les grands artistes musicaux, la production en début de carrière des auteurs-compositeurs-interprètes de chez nous, les créations dramatiques d’ici. D’autre part, pendant 35 ans, la série Théâtre de Radio-Canada a permis aux auditeurs et auditrices de découvrir aussi le répertoire de théâtre international.

Qu’est-ce qui a changé entre hier et aujourd’hui? Pierre Pagé utilise parle de rupture. En 1958, la loi sur la radiodiffusion change le système mettant la radio publique et les radios privées sur un pied d’égalité. En 1965, Radio-Canada reçoit le mandat de surveiller l’unité nationale. Entre 1960 et 1970, les radios privées sont en nette augmentation. Nous assistons à un changement idéologique. La radio institution culturelle passe à la radio entreprise et la culture est réservée aux stations radiophoniques spécialisées.

Pour Pierre Pagé, «après plus de 80 ans de radiodiffusion, et avec le recul imposé par les changements culturels vécus par l’institution radiophonique depuis 20 ans, il est devenu nécessaire de s’interroger sur la connaissance que nous avons de l’expérience québécoise et sur sa signification dans l’évolution de la société». C’est ce qu’il fait dans son livre, une histoire fort bien documentée, passionnante à lire et à savourer.

Louise Stafford, fsp